mardi 3 octobre 2006
Jacques Bompard taille des costards sur mesure...
Entrevue avec Jacques Bompard (sur Novopress)

Il y a un an était consommé le divorce entre Jacques Bompard et Jean-Marie le Pen. Depuis, le maire d’Orange a rejoint le Mouvement pour la France dont il a intégré le bureau national. Quelques jours aprés l’université d’été du MPF à Guidel, Novopress a joint Jacques Bompard pour faire le point sur son actualité, ses objectifs et son combat.

Jacques Bompard, vous avez 63 ans. Quel a été votre parcours politique ?
J’ai commencé à militer à l’âge de 14 ans, pour le combat de l’Algérie française puis au sein de divers mouvements étudiants nationalistes. En 1972, j’ai participé à la création du Front national, qui était alors l’émanation électorale d’Ordre Nouveau. Après diverses péripéties, c’est Jean-Marie Le Pen qui a été choisi pour être nommé responsable de ce qui ne devait être qu’un outil électoral. On connaît la suite.
Avec la percée du FN en 1983 et 1984, j’ai été élu député en 1986 et conseiller régional. Je suis maire d’Orange depuis 1995 et conseiller général depuis 2002.

Vous êtes maire depuis dix ans. Un maire de droite nationale, ça sert à quelque chose ?
Je crois que, s’il respecte ses idées, cela sert au minimum à éviter d’avoir un maire socialiste ou UMP. Ces gens là font souvent la même politique sur des sujets cruciaux comme le logement social ou la culture. Donc déjà, avant même d’avoir agi, un maire de droite nationale, pour reprendre vos termes, ou tout simplement un maire de bon sens, cela sert à éviter les élus du Système.
Ensuite, je crois pouvoir dire que dans les grandes villes où la fonction est politisée il n’y a pas de maire de droite ou de gauche mais des bons et des mauvais maires. Et, en France, il y a très peu de bons maires et rares sont ceux qui appartiennent aux formations représentées à l’assemblée nationale.
Qu’est-ce qu’un bon maire ? C’est quelqu’un qui gère dans l’intérêt de ses administrés, pas dans celui des entreprises de BTP du département, et qui protège l’identité de sa ville. Cela peut paraître peu mais c’est déjà énorme.

Le journal Challenge vous a classé ce printemps comme la commune la mieux gérée du Vaucluse. Quels reproches vous font vos opposants orangeois ?
A vrai dire, je n’ai plus réellement d’opposition. Les élus UMP, au demeurant charmants en conseil municipal, sont absents la plupart du temps, les socialistes se contentent mécaniquement d’ânonner que je suis d’extrême-droite sans même lever la tête de leurs feuillets. Ils en sont réduits à ne pas voter nos baisses d’impôts en arguant que… nous ne les baissons pas assez ! Eux qui les avaient augmentés lorsqu’ils géraient Orange.

En 2002, vous avez échoué aux Législatives face au Sarkozyste Thierry Mariani, pensez-vous être cette fois en mesure de le battre ?
En 2002, j’ai battu Mariani sur Orange. Au total, j’ai fait, face à l’union sacrée du RPR, de l’UDF, du PS, du PC, 43% dans la circonscription et ce en pleine vague UMP. Je suis donc confiant pour juin prochain. Mariani est considérablement démonétisé dans le Vaucluse. Il a abandonné sa mairie de Valréas après y avoir augmenté les impôts de 15%. Il passe plus de temps à voyager à l’étranger qu’à s’occuper de notre département. Mais surtout son grand écart, à l’instar de Sarkozy, entre ses paroles et ses actes, est de plus en plus évident pour les Vauclusiens. Mariani fait le dur quand il est interviewé par Minute, mais dans ses actes d’élu local, il fait le lit de l’immigration.

Vous aurez cette fois face à vous un candidat FN. Cela risque de vous faire perdre des voix…
Quelques unes, sans aucun doute, mais guère davantage que celles prises par le MNR en 2002. Je suis tranquille de ce côté-là car je rencontre tous les jours des habitants de la circonscription, y compris ceux qui votaient Le Pen, et je reçois leur soutien quasi-unanime. Un autre fait est très parlant. En février dernier, j’ai organisé à Orange un dîner-débat avec Philippe de Villiers. Nous avons dû refuser du monde car la salle était pleine à craquer. Près de 1000 personnes ont payé 20 euros pour entrer. Et cela sans le moindre autocar venu d’ailleurs… Je ne suis donc pas inquiet du côté du FN même si je sais que Le Pen a donné comme consigne de tout faire pour m’éliminer lors des prochaines élections. Il l’a dit cet été à La Provence et au Dauphiné Libéré, lors de son passage à Avignon.

Cela fera bientôt un an que vous avez rejoint le Mouvement Pour la France. Pas de regrets ?
Aucun. Bien au contraire ! Et le millier d’adhérents que j’ai pu croiser à notre université d’été de Guidel le 10 septembre est sur la même longueur d’onde. Le MPF est un mouvement de la droite nationale dont l’objectif ultime n’est pas la présidentielle 2007 mais la construction d’un vrai mouvement alternatif au Système UMPS pour prendre le pouvoir.

Pourquoi Villiers ne décolle-t-il pas dans les sondages ?
Ca, c’est ce que dit la presse. Villiers faisait 7 à 10% au printemps. Puis est tombé à 2 ou 3% cet été. En ce mois de septembre, il tourne à de 4 à 8% selon les derniers sondages rapportés par l’agence Reuters de 19 septembre. Mais cela n’a aucune importance car tout le monde sait que les sondages sont truqués et sont là pour faire plaisir à ceux qui les payent. M. Sarkozy n’a pas intérêt à voir Villiers monter.

Le Pen obtient lui des scores jamais atteints dans ces mêmes sondages. Voter le Pen n’est-ce pas un vote utile ?
Non et doublement. D’abord, Le Pen ne fait dans les sondages, en réalité, à peine plus que Villiers. En effet, en « données brutes », quand Villiers fait 5%, Le Pen fait 7%. Mais les sondeurs ont tellement peur de sous évaluer Le Pen qu’ils multiplient son score par un peu plus de deux. Les résultats de Villiers, eux, sont toujours donnés en brut. C’est pourquoi quand je vois des responsables frontistes dire : « Le Pen à 15% ? Il est sous-évalué, en fait il est à 20%», cela me fait bien rire… mais c’est l’habituelle méthode Coué du FN.
Par ailleurs, voter Le Pen n’est pas un vote utile. Au contraire, c’est le vote qui fait plaisir au Système ! Le Pen au deuxième tour ? Mais c’est le rêve de Sarkozy ! Cela a été la chance de Chirac. Ceux qui pensent embarrasser le Système ou lui dire « merde » en votant le Pen se trompent lourdement. Ils lui font un beau cadeau. On le sait d’ailleurs depuis le 21 avril 2002. Le Pen a été au deuxième tour. Et qu’est-ce que cela a changé ? Rien ! En 2007, voter le Pen, ce serait donner un bon coup de vieux aux idées nationales. Encore perdre des années ! Si c’est cela le vote utile…

Quelle différence faites-vous entre Villiers et Le Pen ?
J’en vois une, essentielle : Le Pen est un parleur, comme Sarkozy d’ailleurs. Villiers est un faiseur.
Villiers a réussi sa carrière privée, il a réussi son parcours de gestionnaire. Créer le Puy du Fou, en faire le 3ème parc d’attraction de France, cela démontre des qualités d’organisateur, de créateur et même d’artiste. Faire de la Vendée le 3ème département de France où il fait bon vivre d’après le classement de L’Express, et le 1er pour la famille et le dynamisme économique, oui, ça aussi, il fallait le faire. Villiers a donc un bilan humain et un bilan politique. Il peut dire « voilà ce que je veux faire demain » parce qu’il a réussi hier.
Or, en face qu’est-ce qu’un le Pen si on regarde les résultats ? Qu’a-t-il fait de ses dix doigts pour gagner sa vie hormis la modeste SERP fondée avec des amis ? Quelle ville, quel département, quelle région a-t-il géré ? Aucun ! Et qu’on ne me dise pas que ce n’est pas de sa faute. En 1983, aux Législatives, il obtenait dans sa ville natale de La Trinité un score considérable, 51% dirais-je, de mémoire. Il aurait pu être maire. Mais cela ne l’intéressait pas. Travailler, être au contact de la vie quotidienne des Français, cela exige un investissement personnel. La « grande politique », c’est moins fatigant. En 1998, le FN pouvait prendre des conseils régionaux, Le Pen a fait échouer les négociations. Les quatre maires FN élus en 1995 et 1997 ont tous été persécutés par lui. Le Pen vit très bien de sa protestation, il n’y a que cela qui l’intéresse. Beaucoup de membres du bureau politique le disent en privé. Mais ils n’ont pas la chance, comme moi, d’être indépendants, car ils ne tiennent leurs mandats d’élus régionaux que de Le Pen.

Vous rejetez donc l’idée lancée par Jean-Marie Le Pen d’une Union des patriotes ?
Mais c’est Le Pen, lui-même qui n’en veut pas ! Il a lancé ce gadget afin d’amuser la galerie et se poser en rassembleur. Mais soyons sérieux ! Quand le malheureux Mégret lui répond positivement, lui, Le Pen rétorque avec tout son mépris qu’il n’a pas lancé cet appel pour le MNR. Puis il précise que cette union concerne au premier chef le Mouvement Pour la France. MPF qu’il accuse pourtant d’être un sous-marin de l’UMP, payé par l’UMP… Comprenne qui peut : Le Pen affirme que le MPF est dans le Système UMPS mais lui propose une union… Il faut être particulièrement gogo pour marcher là dedans.
Par ailleurs, il ne s’agit nullement d’une « union » mais tout simplement d’une soumission à sa personne. M. Le Pen se présenterait aux Présidentielles et concèderait dans sa grande générosité quelques circonscriptions, sans doute dans l’Aveyron ou la Lozère… De qui se moque-t-on ? M. Le Pen sait bien que son offre est bidon.
Mais tel est pris qui croyait prendre car le voilà devant une alternative : ou bien avouer l’imposture de cette union en refusant Mégret ou bien accepter le MNR et renoncer à une partie du financement public octroyé par les résultats des législatives. Je fais confiance en l’imagination de Le Pen pour trouver une raison de refuser un accord avec Mégret. Sa future condamnation en correctionnelle pour ses dérives à Vitrolles, par exemple.

Vous n’avez donc gardé aucune relation avec le FN et Le Pen ?
Si, j’ai encore beaucoup d’amis parmi les cadres du FN. Mais nos relations sont d’ordre privé. La plupart sont désespérés mais n’arrivent pas à rompre avec un mouvement auquel ils appartiennent depuis tant d’années.
Le Pen, lui, comme je l’ai dit plus haut, n’a plus qu’une idée en tête à mon sujet : me faire battre à toutes les élections. C’est le coup classique : à défaut de gagner soi même, on essaye de faire perdre les autres.

Certains reprochent au MPF sa lutte contre l’islamisation. Pour eux, le vrai problème, c’est l’immigration…
Et inversement ? A ces gens là, je réponds l’immigration vous dérange mais pas la charia ou le voile ? Soyons sérieux ! L’islam est une force et une force conquérante. L’UMP de Sarkozy l’a renforcé avec la création du Conseil du culte musulman et le financement des mosquées. Ne pas le dénoncer me paraît scandaleux. Cela me rappelle ceux qui dans les années 70 nous disaient : vous dénoncez l’immigration, mais il n’y a pas de problème…
Il y a un problème d’islamisation dans ce pays. Il n’est pas théorique mais concret, immédiat et ne cesse d’aller en grandissant. Ne pas s’y opposer c’est accepter dans les trente ans la disparition de la France.

Un mot de conclusion ?
On ne bâtit pas sur du sable. Le MPF a la volonté de forger un outil de combat pour nos idées. Pas une secte, ni une affaire commerciale. Au delà des Présidentielles, nous travaillons donc pour les Municipales de 2008, afin de faire entrer des milliers de patriotes dans les conseils municipaux. C’est ce maillage du territoire, cet enracinement local, qui seul peut permettre les grandes victoires du futur.
Le temps est compté pour la France et l’Europe. Il faut refuser le romantisme inutile, l’incantation, le témoignage. Je salue tous les combattants politiques qui marchent vers ce but, vers la sauvegarde de notre civilisation.