vendredi 25 août 2006
Le Hezbollah et la France
« Quel accueil le Hezbollah réservera-t-il aux Casques bleus de la Finul renforcée dans le Sud ? » s'interroge Libération à propos du sort qui sera réservé aux casques bleus, 23 ans après les attentats de Beyrouth qui avait tué 58 parachutistes français et 241 marines américains, déjà sous mandat de l'ONU.

Voici un début de réponse avec un entretien de Trad Hamadé, ministre libanais du Travail nommé par le Hezbollah :

Quel accueil le Hezbollah réservera-t-il aux Casques bleus de la Finul renforcée dans le Sud ?

Nous avons accepté la résolution 1701. Nous souhaitons maintenant que les soldats de la Finul se déploient le plus rapidement possible. C'est important pour rétablir la paix et empêcher les Israéliens de recommencer la guerre. Je peux vous assurer que le Hezbollah ne fera pas obstacle à leur déploiement. Nous n'allons certainement pas les attaquer, qu'ils soient Français, Italiens ou autres.

Etes-vous déçu que la France n'envoie pour l'instant que 200 hommes supplémentaires ?

Je suis choqué parce que j'aurais aimé que la France joue un rôle important dans cette Finul renforcée. La France a toujours été une amie du Liban, de toutes les communautés libanaises, y compris des chiites, de tous les partis politiques libanais, y compris du Hezbollah. Je souhaite donc encourager les Français à s'engager davantage dans la Finul.

Vous dites que la France est une amie du Hezbollah. Or elle est, avec les Etats-Unis, à l'origine de la résolution 1559 qui demande le désarmement du Hezbollah.

J'ai une idée personnelle sur la résolution 1559. Je crois que la priorité des Français dans cette résolution était le retrait des troupes syriennes du Liban. Le désarmement du Hezbollah, c'était une demande américaine et israélienne. Beaucoup de gens du Hezbollah partagent cet avis. La France connaît bien le jeu interne au Liban et elle soutient le dialogue national libanais pour parvenir à une solution au sujet des armes du Hezbollah. C'est pour cela que nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes dans le cadre de l'amitié.

En 1983, 58 militaires français avaient été tués dans un attentat à Beyrouth, qui avait été attribué au Hezbollah...

D'abord, le Hezbollah n'avait pas encore été fondé en 1983, et ensuite, nous ne sommes pas à la même époque, pas dans le même contexte. Vraiment, je dis aux Français : «Soyez les bienvenus chez nous.»

Les Casques bleus pourraient être autorisés à ouvrir le feu pour se défendre, à protéger des civils et à désarmer des miliciens qui se trouveraient sur leur passage. Etes-vous d'accord ?

Nous sommes d'accord avec les deux premiers points. Concernant les armes, je suis sûr qu'il n'y aura aucun soldat du Hezbollah sur leur chemin. Maintenant, si nous voulons à tout prix poser cette hypothèse, je pense que c'est à l'armée libanaise de prendre ces armes car elle a des relations directes avec le peuple libanais. Si la Finul voit des armes, je pense qu'elle ne devrait pas les prendre directement mais demander à l'armée libanaise de le faire.

Etes-vous hostile, comme le président syrien, Bachar al-Assad, au déploiement des Casques bleus le long de la frontière libano-syrienne ?

Je me prononce seulement au nom du gouvernement libanais et du Hezbollah. Notre gouvernement a décidé de déployer 8 600 soldats sur l'ensemble de la frontière. Par conséquent, nous n'avons pas besoin de la Finul là-bas.

Depuis l'entrée en vigueur de la trêve, Israël a mené de nouvelles opérations au Liban. Le Hezbollah a-t-il l'intention de réagir ?

Nous avons accepté la 1701, donc nous ne voulons pas créer de problèmes. Nous patientons, nous voulons laisser le temps à la communauté internationale de jouer son rôle. Cette attitude n'est pas celle d'un faible, mais de quelqu'un qui veut la paix. Maintenant, si la communauté internationale laisse les mains libres aux Israéliens, nous n'allons pas rester éternellement les bras croisés. Je le dis clairement : si Israël déclare à nouveau la guerre au Liban, ce sera une guerre régionale terrible.

Source : Libération

En bref, le Hezbollah semble accueillir avec sérénité l'arrivée d'une force internationale dirigée par la France, persuadé qu'elle n'a pas l'intention de désarmer ou de perturber la milice chiite.
Ceci confirme en tout cas que la France dispose toujours de la bienveillance des populations musulmanes. Il y a fort à parier que Chirac fera tout pour préserver ce capital sympathie qui a toujours paru au cours de son règne plus important pour lui que l'action.