vendredi 30 juin 2006
Pakistanaise violée pour avoir renoncé à l'islam

Une famille chrétienne condamné à vivre cachée pour protéger l'identité d'une jeune mère convertie.

23 juin - Compass Direct.Attaquée par sa propre famille, le choix d'une musulmane de se convertir au christianisme illustre la situation précaire au Pakistan de ceux qui ont choisi de quitter l'islam.

Sehar Muhammad Shafi, 24 ans, a fui sa ville natale, Karachi, avec son mari et ses deux petites filles après avoir été attaquée et violée pour avoir changé de religion.

Avec l'aide du Centre d'Aide Juridique, d'Assistance et d'Oeuvre sociale (CLAAS), ONG dévouée à l'aide aux persécutés au Pakistan, le couple chrétien a déménagé dans une autre ville. Mais tant que Shafi et sa famille restent au Pakistan, ils doivent cacher la vérité de sa conversion.

Shafi est la quatrième enfant d'un missionnaire musulman de la principale ville du pays, Karachi. Sa famille appartient au Ahle Sunnat wa-al Jimmat, un groupe non-violent spécialisé dans la conversion des non-musulmans. Ses membres ne doivent jamais partager de nourriture ni d'ustensiles de cuisine avec les « païens », considérés impurs.

Le père de Shafi a enseigné aux autres membres de sa communauté religieuse comment faire du prosélytisme. Adolescente, Shafi a souvent participé aux séances d'entraînement de son père pour apprendre à convertir les non-musulmans.

« Il n'est pas courant pour une fille de participer à ces séances » dit la jeune femme au Compass. « Mais étant la fille d'un "évangéliste" j'étais désireuse d'amener les autres vers ma religion. »

En 1999, Shafi commence à travailler pour la compagnie pharmaceutique Glaxo Wellcome où elle tente de convertir un collègue, un chrétien nommé Naveed Paul. Paul s'intéressant à l'Apologétique il entame des discussions religieuses avec Shafi, lui proposant de l'accompagner à l'église.

Quatre ans plus tard, Shafi décide de devenir chrétienne et un prêtre la baptise secrètement.« J'ai partagé l'islam avec Paul et voulait le convertir, mais j'ai au contraire réalisé que ma vie était vide sans Jésus. »


Mariage secret


La famille de Shafi n'était pas au courant de sa conversion, mais la battait quelques fois lorsqu'elle la surprenait à chanter des psaumes. Ce n'est qu'en mettant en pièces une Bible qu'ils découvrirent ses lectures.

En janvier 2004, Shafi et Paul se marient secrètement et interrompent tout contact avec la famille musulmane de Shafi. Après la naissance de leur fille, Angela Rose, en janvier 2005, Shafi contacte ses parents et leur annonce qu'elle a épousé un chrétien.

Un dimanche soir, un mois après, une horde d'assaillants attaquent la maison de la convertie. Shafi raconte comment elle et sa famille se sont échappés de justesse par la porte de derrière de leur logement. La jeune femme pense que ses parents avaient découvert où elle habitait et avaient organisé l'attaque.

S'étant relogée ailleurs dans Karachi, la convertie appelle ses parents depuis un commerce de communications par téléphone et leur demande d'arrêter de la harceler. Après avoir raccroché, les parents de Shafi rappellent le patron du commerce et lui expliquent que leur fille s'est convertie au christianisme.

Le commerçant, un dénommé Rana, suit la jeune femme jusque chez elle et informe ensuite ses parents de l'endroit où elle vit. Plus tard cette nuit-là, alors que Paul est parti lire ses courriers électroniques dans un cybercafé, Rana s'introduit dans l'appartement.

Le commerçant la menace de punition pour avoir commis le « péché impardonnable d'apostasie » et la viole en même temps qu'il pointe un pistolet sur elle.

« J'étais térrifiée » confie la jeune femme.

Après le retour de Paul, lui et sa famille partent immédiatement, espérant éviter de nouvelles représailles de la part de la famille de Shafi.

Le couple trouve d'abord refuge parmis l'entourage de Paul puis auprès d'un groupe de nonnes. L'entourage de Paul demandent rapidement au couple de partir, redoutant d'être à leur tour pris pour cible pour avoir hébergé une convertie.

Le couple de chrétiens reste huit mois chez les soeurs avant de fuir de nouveau lorsque l'une des soeurs se montre hostile envers eux et avertit les musulmans de la présence d'une convertie.

Paul et Shafi tentent de quitter le Pakistan mais se voient refuser l'obtention de visas pour l'étranger.

En avril dernier, Shafi et Paul, avec leur fille de 18 mois Angela Rose et celle de 6 mois Magdalene, ont secrètement trouvé refuge dans une autre ville du Pakistan, où ils tentent de tout recommencer à zéro. Mais Shafi confiait au Compass que sa famille continue de vivre dans la crainte d'être découverte.

« Mon mari souhaite trouver un emploi de cadre marketing » commente Shafi. « Mais je ne veux pas qu'il fasse quelquechose d'aussi découvert, où il sera connu. »

Bien que retourner vers l'islam résoudrait visiblement la plupart de ses problèmes, la jeune femme rétorque que quitter sa nouvelle religion n'est pas envisageable.

« Ce n'est pas une plaisanterie que de changer de religion » dit-elle. « Nous avons trouvé l'amour en Jésus, comment pourrions-nous le trahir ainsi ? »


Deux poids deux mesures pour les religions


Bien que la loi pakistanaise ne rende pas illégale la conversion d'un musulman à une autre religion, ceux qui quittent la religion musulmane sont souvent persécutés par la police et leur entourage.

Les musulmans pakistanais coupent souvent les ponts avec un membre de la famille qui se convertit à une autre religion. Les apostats, ceux qui renoncent à l'islam, éprouvent parfois des difficultés pour trouver un emploi, ils peuvent même être confrontés à la torture et la mort des mains de la police religieuse.

Pour un ancien activiste des droits de l'homme au Pakistan comme I.A. Rehman, la plupart des manquements à la liberté religieuse au Pakistan proviennent de l'orientation religieuse de l'Etat.

Après sa prise de pouvoir en 1977, le général Zia ul-Haq dresse un nouveau code de lois inspiré de la loi islamique.

Selon Rehman, directeur de la commission des droits de l'homme au Pakistan, beaucoup de musulmans pakistanais voient le fait de quitter l'islam (l'apostasie) comme une forme de blasphème, un crime méritant soit l'emprisonnement à perpétuité, soit la condamnation à mort selon la loi pakistanaise.

En conséquence de quoi, bien que la loi pakistanaise ne condamne pas la conversion de l'islam à une autre religion, dans les faits « changer de religion n'est pas un droit constitutionnel » dit Rehman. « Chaque non-musulman est le bienvenu pour changer de religion, mais d'autre part un musulman ne peut pas changer de religion. »

Lors des récents débats autour du procès d'Abdul Rahman, ce musulman converti au christianisme en Afghanistan, les leaders religieux du Pakistan ont réaffirmé leur position selon laquelle les apostats doivent être punis de mort.

« La plus haute autorité islamique au Pakistan, le mufti Munib ur Rehman, annonçait que "si un Etat est vraiment islamisé, il devrait tuer les apostats » rapportait le journal pakistanais Daily Times dans son éditorial du 29 mars dernier.

Source : Compass Direct